Paris. L’Hôtel Particulier de Potocki. Première partie.

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Mieczyslaw et Grégoire.


Le sujét Russe, le représentant de la puissante famille Polonaise, le comte Mieczysław Potocki était obligé de partir à l’étranger en raison de rélations malformées avec la Cour russe et de son caractère rigide. En dehors de conflits avec ses proches et ses femmes, il manifesta de l’irrévérence envers l’Empereur à cause de quoi il avait été mis d'abord en prison et après exilé. En fin de fin Nicolaï I avait décrété l’enlèvement  des revenus de l'immense domaine de Tulczyn en Ukraine en faveur des caisses de l'État. En 1858 l'empereur Alexandre II avait amnistié le comte incoercible et lui avait permis de partir en France. Ainsi Potocki laisse pour toujours la propriété luxueuse Tulczyn, "la capitale" raffinée des possessions de Podolsk, qu' on appelaient «Versailles de Podolsk». Depuis ce temps-là la branche de Tulczyn de l'ancienne famille s'est installée en France.
Comment la vie s’est-elle arrangée et où vivaient-ils dans la «capitale du monde»? Je voudrais remercier de tout cœur  pour l’excellente  visite du palais 
Ludmila Golytcheva qui travaille à l’Hôtel Particulier de Potocki, avenue Friedland à Paris et qui est une collectionneuse enthousiaste du matériel sur cette  famille et cette maison.

Malgrès sa nature violente et insociable, Mieczysław possédait d’un sens aigu des affaires: encore avant le départ en France, il a commencé à transférer ses actifs à l'étranger. Il a su gérer son patrimoine de façon excellente en augmentant sa valeur par les investissements dans l’immobilier, à la Bourse.  Il plaça une partie dans des Compagnies d’assurances viagères, se créant ainsi un revenu. Il est devenu, à l’époque, un des plus riches financier en France.     En 1867 Mieczysław a acquis l'hôtel particulier construit en 1857 par l'architecte de la Compagnie architecte de la Compagnie du chemin de fer d’Orléans Pierre-Louis Renaud, (connu pour des agrandissements de la gare d’Austerlitz entre 1846 et 1852). Cet Hôtel est né du morcellement du domaine du financier Beaujon. Nicolas Beaujon (1708-1786) originaire de Bordeaux, s’était  follement enrichi dans les spéculations sur le grain, suivies d’habiles placements financiers. Après avoir eu pour résidence l’hôtel d’Evreux, devenu palais de l’Elysée, il commença l’aménagement d’une folie, moins vaste, mais d’un grand raffinement — la Chartreuse Beaujon située au faubourg à cette époque-là. Du moment de la construction l’avenue est appelée le Boulevard Beaujon. Il fit construire par l’architecte Nicolas-Claude Girardin un fameux pavillon d’habitation en briques de style hollandais. La folie a été aménagée en plusieurs étapes : le pavillon, puis la construction  du Moulin –Joli peu avant la mort du financier, le remodelage du pavillon opéré par les acquéreurs, et enfin  le parc d’attraction des premières décennies du 19ème siècle.
Dès le début du Second Empire, le préfet Georges Eugène Haussmann, entouré d’une équipe  de collaborateurs remarquables dont le plus connus sont le paysagiste Alphand, l’architecte Davioud, ingénieur Belgrand, entreprend de faire de Paris une ville lumière en doublant sa superficie en en ouvrant, dans les quartiers de l’Ouest notamment, jusque-là peu urbanisés, (même si la construction du Faubourg-Saint-Honoré a débuté dans les premières années du XVIIIe siècle) tout un réseau de boulevards et d’avenues.  Grâce aux ces  travaux les Champs Elysée devient un quartier à la mode. On a fait construire ici des maisons de campagne élégantes, les folies, où on invita bien loin de l’agitation de la ville des amis et de belles dames aux divertissements dans l’esprit du temps.  La partie sud de l’ex-Folie Beaujon, soit celle comprise de nos jours entre la rue Chateaubriand, et l’avenue Friedland, appartint, en avril 1846, à une société la « Société du quartier de la Chartreuse Beaujon » dont firent partie Bleuart, le comte de Morny  et Théodore de Varaine, qui procéda à son lotissement  jusqu’à ce qu’elle fût dissout en 1854. C’est de ce lotissement que devait sortir l’Hôtel Potocki et aussi la chapelle du Corpus-Christi et la propriété d’Arsène Houssaye.  Autres bénéficiaires de ce lotissement : Théophile Gautier, le comte d’Orsay, Rosa Bonheur, Lamennais…Certaines de ces belles demeures étaient de véritables châteaux urbains.

Париж, Авеню Фридлянд 27, дворец графа Потоцкого.

L'une des deux porte charretière en fer forgé du palais à l'avenue Friedland.
 

Le comte, forcé de dénaturer sa fortune pour pouvoir en jouir et échapper au décret de confiscation, la mit au nom de son fils naturel Grégoire, qui devint ainsi son intendant et son prête-nom. Mais Miecszyslas a fait signer un acte notaire qui lui garantissait en cas de décès de Grégoire, le retour des biens immobiliers, situés dans le VIII arrondissement, dans son patrimoine. Alors en 1864 Grégoire a signé un document dans lequel il déclare : « Je reconnais que les fonds, les capitaux et titres placés à la Banque de France par mon père, et partout ailleurs à mon nom ne m’appartiennent pas et ont seulement été investis à titre de précaution ».
Les Potocki avait des voisins parfaits – par exemple, un peu plus tôt, en 1848 Honoré de Balzac a acheté en face de l'hôtel une petite maison, où plus exactement l’aile étant auparavant la partie de l’ancien palais de Beaujon. C’est ici que Balzac a amené sa bien-aimée Eveline Hanskaïa de Verkhovni voisinant aux biens des Potocki à la province Podolskaïa. Le monde est petit ! Balzac meurt deux ans après en 1850 et Eveline vend la maison aux barons de Rothschild, qui ont commencé à construire ici leur palais. Ils acheteront la propriété de Hanska après sa mort. Deux ans après l’achat de l’hôtel, Mieczysław reçoit un  transfert de la Russie pour la vente du domaine de Tultchin (qu’il a vendu à sa nièce, Maria Boleslavovna devenue Stroganova après le mariage). La somme de de 3,43 millions de francs a été  transféré  notamment à  la banque de Rothschild.
D’abord, après leur arrivée à Paris, Mieczysław et son fils naturel Grégoire, se sont installés à l'avenue Montaigne près des Champs-Élysées. Le seul fils légal de Mieczysław, Nicolas, habitait au même endroit. L’épouse de Mieczysław (Emilie) et tous ses parents Svejkovski se sont aussi rendus à Paris, mais ils vivaient naturellement séparément.
Et enfin dans le voisinage, une aristocrate napolitaine Rosa de la Regina avec ses deux filles Gaetana et Emmanuella s’étaient logées. Le premier mari de cette aristocrate était le prince Pingnatelli le père des deux filles les princesses Pignatelli. La suite d’histoire est  bien dramatique. La belle Rosa a trompé son mari le prince Pingnatelli avec son oncle, le brillant duc de la Regina : le prince Pingnatelli ayant surpris sa femme en pleins ébats, saute sur le son cheval, accablé de chagrin, galope comme un fou  et par malchance fait une chute  mortel. La veuve légère n’a pas longtemps pleuré, elle épousa le duc de la Regina et part avec les filles vers Saint-Pétersbourg où son mari  est nommé l’ambassadeur du Royaume de Naples à Saint-Pétersbourg. Elle brillait à la Cour d’Alexandre II, et d'après ce qu'on dit, elle était même la maîtresse du comte Gortchakov. D'après Gaetana, l’empereur lui-même a courtisé Rosa et il lui a offert de précieux cadeaux. Après la victoire  de Garibaldi et l’unification de l’Italie, les diplomates italiens ont quitté la Russie et sont revenus à Rome, où Rose s’est brûlée les ailes par des liaisons tumultueuses. Le Pape — scandalisé — l’a expulsée de Rome pour 5 ans. C’est ainsi qu’elle et ses filles se sont retrouvées à Paris. Une histoire romantique commence : deux frères Potocki ont rencontré les sœurs Pignatelli et les relations amoureuses se sont établies entre eux. Gaetana avec Grégoire et Emmanuella avec Nicolas se sont jurés un amour éternel et se sont fiancés en secret. Il est regrettable que Grégoire s'est avéré un mauvais sujet et bientôt Gaetana l’a lassée. Mais Nicolas et Emmanuella Pignatelli (Emmanuella Pignatelli di Cergharia, 1852-1930) se sont mariés à Londres en novembre 1872. Et Londres comme le lieu des noces n’a pas été choisi par l’amour de la météo britannique, ils ont été obligés à s’évader de Paris ! Le déclenchement de la guerre franco-prussienne comme on le sait, s'est achevée par la défaite de la France et la fin de la seconde venue de la dynastie des Bonaparte ; l’armée prussienne est entrée à Paris. Pour comble, la fameuse Commune de Paris a été déclarée en 1871.
En gros c’était le massacre – ceux qui ont vu les photos de Paris après l’étouffement de la Commune comprendront pourquoi les Potocki préfèrent  quitter la ville – certaines maisons ressemblaient tout à fait aux vues de l’époque de la Deuxième Mondiale. Ce n’est pas pour la beauté du geste qu’ Emmanuella et Nicolas s'enfuirent … en ballon de Léon Gambetta, le futur premier ministre de la France. C’était-là leur dernière chance et Rose a mis en jeu les anciens liens avec l'ambassade russe.
La guerre intervient et alors que le Comte Mieczysław se rende à Londres, pendant la Siège de Paris, Grégoire reste à Paris et accueille sa maitresse dans la demeure, où elle utilise le titre de Comtesse. Rosa Catana était allemande et dotée d’une volonté de fer. Elle avait une ambition de se faire épouser par Gregoire. Elle le tâta  à ce sujet, mais il fit la sourde oreille. Alors, comme son charme n’est pas efficace, elle a décidé d’exciter le sentiment paternel chez son amant.  Elle se retira à Barbizon et lâ, subitement, elle annonça qu’elle venait de venir mère. La lettre adressée à cette occasion au comte Mieczysław est un chef-d’oevre.                                                 

«Comte, le 18 septembre vers huit heures et demie, j’ai mis au monde un garçon blond avec de grands yeux gris, la petite bouche et le menton de son père, des longues jambes et bras, et des mains et pieds d’une longueur effroyables. Il me faut une nourrice avec des cheveux noirs, de Bourgogne, voilà des adresses pour des bureaux de nourrices. Si vous alliez avoir la bonté de vous charger de me chercher une nourrice et la faire visiter par un médecin. Je me porte très bien, un peu fatiguée ; le bébé a une faim comme Grégoire. 

Je ne sais pas comment déclarer l’enfant, Grégoire n’est pas encore arrivé.
 Donnez-moi une réponse, je regrette que mon bébé n’a pas vos yeux»

Le comte se méfia de quelque chose et confia ses soupçons au parquet de Melun.Rosa, visité par un médecin, fut bien forcée de lui avouer qu’elle n’était pas du tout accouchée et que l’enfant qui était là avait étai rapporté par elle d’Angleterre. Le parquet consentit à ne pas poursuivre pour éviter le scandale.                                                                                                  
Alors elle s’imagine que l’orgueil nobiliaire est l’obstacle contre lequel ont à lutter ses rêves de mariage. La voilà qui cours à Dresde comme une folle ; elle arrive chez le vieux comte Alexandre Potocki, frère du comte Mieczysław, qu’elle trouve malade et mourant. Elle lui promet de le guérir par la puissance magnétique de ses cheveux, et lui demande de l’adopter en guise d’honoraires. Le vieux comte la congédia comme une échappée d’une asile d'aliénés.Vous croyez peut-être  qu’avec toutes ces équipes, elle s’était brouillée avec  son Grégoire ? Point. La guerre éclate. Le comte Mieczysław se retire en Angleterre, et pendant ce temps, Grégoire et Rosa s’installent à l’hôtel de l’avenue Friedland. A eux deux ils organisent une ambulance. Rosa se fait  appeler comtesse Potocka, soigne les malades, se prodigue de toutes parts  et qu’après la guerre elle obtient une médaille comme ambulancière.
Cependant, le siège levé, le comte Mieczysław écrit de Londre à Grégoire que Rosa n’est pas à sa place à l’hôtel.                                                                                                              
Grégoire et Rosa Catana sont ensuite allés vivre dans une villa près de la ville de Saint Clous, où un jour il a été mortellement blessé à la suite d’une explosion d’une coquille qu’il essayait d’ouvrir. Grégoire Potocki décède le 16 avril 1871.
Après la mort de Grégoire Rosa Catana produit un testament daté du 4 septembre 1870 signé par le Comte  Grégoire Potocki et selon lequel il léguerait à sa femme la Comtesse Potocka, née Rosa Kette Catana, sa résidence à l’avenue de Friedland. Mieczysław a contesté le testament et le droit du son fils illégitime de porter le nom de Comte Potocki, il a nié que la maison de l’avenue Friedland appartienne à Grégoire et il a déclaré que le mariage et la naissance de l’enfant n’étaient qu’une pure machination. Le Comte Potocki a souligné que toute l’affaire n’était qu’une simple comédie ; la naissance a été simulé en 1867 à Barbizon, mais le médecin qui a été appelé  après le prétendu accouchement, a déclaré que l’enfant avait une semaine.

Le 9 mai 1873  Galignani’s Messenger donne les conclusions suivantes : «  Hier, le Tribunal Civil de la Seine a donné son verdict à l’issue d’un procès étrange en rapport avec l’affaire publiée dans le Messenger de lundi dernier. La Cour a décidé que la demeure de l’avenue Friedland n’appartenait pas à Grégoire Potocki et que la plaignante, Rose Catana n’a pas prouvé son mariage avec le défunt ; la Cour a par conséquent rejeté sa demande d’obtention du legs et lui a interdit d’utiliser le titre de Comtesse Potocka, sous peine d’une amende de 50 francs pour chaque infraction de cet ordre. »

Paris. 25 Avenue Friedland. L'hôtel Potocki.

La cour derrière la porte. Auparavant, une passerelle menait vers l’entrée principale, mais elle a été démontée après que la Chambre de Commerce et d'Industrie se soit établie ici. Sur la gravure ci-dessous, on peut la voir.
 

Alors la vie de Mieczysław était très mouvementé grâce à son caractère difficile et  écervelé ; et vers la fin de ses jours sa nature ne s’est pas du tout améliorée. Il est pratiquement devenu un paranoïaque craignant tout le temps d’être empoisonné, il ne laissait personne entrer à sa chambre, excepté sa cuisinière. D’après la légende de famille dans les mémoires de  Gaetana Pignatelli, à Kiev une bohémienne lui a prédit qu'il allait mourir à la main de ses enfants. Après la mort du de son fils favori mais illégitime Grégoire, Mieczysław a dû se souvenir de la prédiction de la bohémienne et il décida de déshériter son seul fils légal Nicolas. Peut-être était-il furieux contre Nicolas et Emmanuella qui n’avaient pas d'enfant  et que la lignée  s'éteigne avec lui. Probablement toutes ces peurs et ces craintes, ainsi que le désir excessif de ne laisser l'héritage ni à la première femme Delphina Komar, ni à la deuxième femme Emilia Svejkovskaïa, ont conduit Mieczysław au tombeau. Avant la mort il a écrit un mot et a l’accroché au-dessus de son lit : "Je déshérite Nicolas !!!" — pour qu'il n'y ait eu aucune aucunes vagues. Pour adoucir le comte mourant, Emmanuella Potocka, la femme ingénieuse de Nicolas a dressé un fin plan à l’aide d’un parent éloigné de Mieczysław, le comte de Saint-Clair, au premier degré le dernier jour avant sa mort Mieczysław repentant a laissé l’héritage à Nicolas. On pouvait comprendre Emmanuella – il y avait pour quoi lutter, selon les estimations, la richesse de Mieczysław Potocki, comptait 80 millions de francs ! La somme est incroyablement importante pour l’époque.

Cliquez ici pour admirer les intérieurs de l’hôtel Potocki 


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2 thoughts on “Paris. L’Hôtel Particulier de Potocki. Première partie.”

  1. Bonjour,
    La Bibliothèque Polonaise de Paris est intéressée par l’utilisation de vos photographies et documentation sur l’Hôtel et la famille Potocki lors d’une conférence prévue au mois de juillet 2018. Serait-il possible de contacter Madame Ludmila Golytcheva? Auriez-vous ses coordonnées?
    Merci pour votre réponse!
    Anna Czarnocka

    • Здравствуйте, Анна! Меня зовут Ольга Потемкина, я- старший научный сотрудник исторического музея из г. Екатеринбурга (Россия, Урал), занимаюсь историей жизни и семьи Ольги Михайловны Веселкиной, которая была правнучкой Виктории Потоцкой (дочери Феликса Щенсного Потоцкого) и внучкой ее дочери — Варвары Бахметьевой. Я пишу книгу об удивительной судьбе О.М. Веселкиной (1873-1949) -бывшей начальницы Александровского женского института в Москве, входившей в близкий круг великой княгини Елизаветы Федоровны- старшей сестры Российской Императрицы Александры — жены Николая II. После революции О.М. Веселкина была выслана из Москвы в Екатеринбург в 1923 г. и прожила в нашем городе до конца жизни, возглавляя кафедру иностранных языков в Уральском Политехничес-ком Университете. Сообщите пожалуйста, есть ли возможность выступить на конференции, посвященной Потоцким, с докладом о О.Веселкиной и ее родном старшем брате- флигель-адьютанте Николая II — Михаиле Веселкине. Кстати, внучатые племянники Ольги и Михаила Веселкиных (праправнуки Виктории Потоцкой) и их дети, живут в Париже, я поддерживаю с ними связь.
      Заранее благодарю за любой ответ.
      С уважением, Ольга Потёмкина

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